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Mugshot

Quand la nature reprend ses droits

Matéo Gallet

Ce projet représente le site des Halles de la Citadelle, après que l’humanité a disparu, elle qui a tant meurtri la nature, la biodiversité et les écosystèmes.

L’idée est d’incarner cet impact par le visage d’un homme décliné en trois portraits, à la manière d’un mugshot (portrait photographique pris après l’arrestation d’une personne). Ce visage est celui du responsable des désastres ravageant la planète et est constitué, tel un portrait d’Arcimboldo, d’éléments renvoyant à ses crimes : massacre des animaux sauvages, 7e continent de plastique, destruction de la forêt primaire…

Sur la première image, son profil droit avec cette accumulation de crimes. Sur la deuxième, son visage de face, le monde dévasté quand la nature reprend ses droits. Enfin sur la troisième, son profil gauche avec la faune et la flore qui ont complètement réinvesti le paysage.

Les friches, espaces abandonnés laissant libre cours à des utilisations illégales ? Espaces perdus pour l’économie ? Dents creuses à urbaniser pour ne pas étaler les villes ?

Peut-être, mais aussi une concentration extrêmement riche de biodiversité. Dans ces espaces que l’humain a laissés en libre évolution, la biodiversité a repris le dessus et des écosystèmes se recréent. Des écologues ont mis en évidence leur rôle de corridors, d’espaces relais entre grands réservoirs de biodiversité, éléments à part entière de la Trame Verte et Bleue. Elles permettent donc aux espèces de se déplacer pour remplir leur cycle de vie : se nourrir, se reproduire, se reposer. Mais malgré ce rôle absolument nécessaire, les friches ne cessent de diminuer et d’avoir mauvaise presse. En effet, les passants ont souvent l’impression de voir des espaces « poubelles » plutôt que d’incroyables réserves de vivant, primordiales pour la biodiversité urbaine.

Il est donc particulièrement important de changer le regard sur ces oubliées de la nature en ville !

Le parc de la Citadelle, un agréable espace vert de 11 ha, est aménagé sur l’ancienne place forte de Strasbourg dont Vauban avait dessiné les plans en 1681. Détruite lors du siège de Strasbourg en 1870, il aura fallu attendre 1964 pour que le site soit réhabilité en jardin. Aujourd’hui, un des parcs urbains les plus importants de Strasbourg, il est plébiscité par les citoyennes et les citoyens strasbourgeois pour flâner, faire du sport ou observer la faune des bassins parmi lesquels on peut compter… des tortues ! Principalement de Floride, elles ont été relâchées là par quelques citoyens indélicats.

Par ailleurs, tous les espaces ne sont pas accessibles aux visiteurs : une partie des berges est clôturée, afin de laisser à la biodiversité un espace de libre évolution et de tranquillité. En effet, aucun entretien n’est réalisé.

Tout comme le parc du Heyritz, ou l’ensemble des autres grands espaces verts strasbourgeois, le parc est éteint la nuit pour limiter la pollution lumineuse et préserver la biodiversité nocturne.

La presqu’île de la Citadelle a été aménagée pour faciliter la navigation fluviale vers le Rhin, elle est entourée des bassins Dusuzeau, Vauban et Citadelle construits entre les années 1880 et 1930. Elle accueille alors un port charbonnier et le Port autonome de Strasbourg y construit plusieurs bâtiments afin d’assurer l’extension de ses installations industrialo-portuaires.

Parmi ces bâtiments, les deux halles portuaires de la rue de Nantes ont été édifiées en 1936 et 1947 par l’architecte Welhelm Wolff sur commande du service technique du Port.
Véritable marqueur de l’histoire portuaire de la presqu’île, les bien dénommées « Halles Citadelle » font aujourd’hui l’objet d’une démarche d’occupation transitoire ayant pour but de définir le futur de ce lieu central pour la vie du quartier en devenir « Citadelle » et ses quelque 2000 habitants.

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